Mauvais genre : femmes et déviance

Date : 
Jeudi 24 Janvier 2019 - 18:00 à 20:00
Lieu : 
MSH Lyon St-Etienne, 14 av. Berthelot, Lyon 7e (espace Marc Bloch, rdc)

Rencontres du genre organisées par la MSH Lyon St-Etienne, dans le cadre de son axe scientifique Genre
Evénement ouvert à tous.

Etre une fille au milieu d'une bande de garçons : esquives ou réassignations de genre ?
Intervenante : Elise Lemercier, maîtresse de conférences en sociologie à l'Université de Rouen-Normandie et chercheure ou laboratoire DySoLab.

Tantôt accusées de "se sursexualiser", tantôt soupçonnées de « refus de la féminité », les identifications de genre des jeunes filles perçues comme délinquantes questionnent celles et ceux qui ont en charge leur prise en charge socio-éducative. Mais comment se positionnent ces jeunes filles sous main de justice ? A partir d’une recherche réalisée, avec Dominique Duprez et Cindy Duhamel (avec le soutien de la Mission Droit et Justice), sur les parcours biographiques d’une trentaine de filles prises en charge par la Protection judiciaire de la jeunesse (en milieu ouvert, en centre éducatif fermé ou en maison d’arrêt), cette communication analysera la dimension genrée des logiques d’entrée dans l’âge adulte de ces jeunes étiquetées comme délinquantes.
A l'image des jeunes de leur âge, les amitiés sont centrales dans leur socialisation et cela d’autant plus que leurs expériences familiales sont marquées par de fortes ruptures. Par contraste avec leur vie de la famille, l’appartenance à une bande rencontrée autour du collège offre de nouvelles ressources de mobilité et de plaisir. Ces bandes, principalement constituées de garçons plus âgés qu’elles, leur permettent de faire un pas de côté vis-à-vis des assignations de genre à la réserve et à l’invisibilité auxquelles elles ne veulent, ou ne peuvent pas, se conformer. Si l’appartenance à cette bande de garçons leur permet, en partie, d’affaiblir le contrôle social dont elles font l’objet en tant que fille, il n’en reste pas moins que les rapports de genre restent saillant dans leur socialisation amicales, tout particulièrement quand les relations affectives sont en jeux.

Mauvais genre : crimes et délits au féminin
Intervenante : Stéphanie Rubi, maîtresse de conférences HDR en sciences de l’éducation (LAboratoire Cultures Education Sociétés, EA 7437, Univ. Bordeaux), chercheure associée à l'Observatoire Universitaire International Education et Prévention.

Les "pères fondateurs" de la sociologie pénale ont été aveugles à la criminalité féminine qu’ils ont déconsidérée. Le contexte social et scientifique de l’époque rend plus compréhensible cette cécité, ce sexisme incorporé les ayant conduits à ranger les femmes dans une catégorie d’êtres "infra-sociaux", aux côtés des vieillards et des enfants. Ce postulat, peu contesté à la fin du XIXe siècle comme au début du XXe, parfois simplement mentionné au détour d’un chapitre d’Émile Durkheim ou de Gabriel Gustave Tarde s’est profondément et durablement enraciné, plaçant les travaux sur la criminalité et les déviances féminines sous les lumières d’un scepticisme de principe. Les procès en légitimité ont ainsi pu puiser dans une longue tradition de dénigrement de l’objet scientifique, ici affirmant le risque de réification, là déniant sa valeur sociale en le qualifiant d’épiphénomène. Il faut attendre la fin du XXe siècle pour rompre l’enchantement. Depuis, les "mauvaises filles" sont sous les feux de la rampe ; les recherches, dont celle relative aux « crapuleuses », s’attachent aux processus déviants, à leur genèse et caractéristiques, aux réactions sociale et juridique suscitées par ces infractions ou déviances. La violence des crapuleuses constitue une double déviance : à l’ordre social comme à l’ordre du genre.

Evénement organisé par Corinne Rostaing (CMW, Univ. Lyon 2) et Marianne Thivend (LARHRA, Univ. Lyon 2)

 

Informations pratiques
Inscription gratuite mais obligatoire >> formulaire en ligne [clos]
Contact : communication (a) msh-lse.fr ou Tél. 04 72 72 64 76

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