Retrait, effacement, disparition en littérature et dans les arts aujourd’hui

Date : 
Jeudi 7 Juin 2018 - 09:00 à Samedi 9 Juin 2018 - 12:15
Lieu : 
Université Jean Monnet, site Tréfilerie / Cité du Design (ESADSE), St-Etienne

Colloque international organisé par le laboratoire CIEREC, en partenariat avec l’ARGEC (Univ. Gênes), l’Ecole Supérieure d’Art et Design de St-Etienne et la galerie Ceysson

Les sociétés modernes se distinguent – selon l’anthropologue Louis Dumont – des sociétés traditionnelles, dites « holistes », dans lesquelles les valeurs de la communauté priment celles de l’individu. Inversement, une société individualiste repose sur la conception d’un « être moral indépendant, autonome, et par suite essentiellement non social, qui porte nos valeurs suprêmes » (Essais sur l’individualisme). Cet individu dit « normatif » ne représente cependant pas un type fixé : il est soumis à une conséquente évolution historique et se détermine différemment selon les cultures. Dans la perspective malgré tout globale de ce que l’on appelle l’individualisme contemporain, les sphères politique et morale, dans lesquelles l’individu tend à revendiquer son droit à la différence, s’articulent à un domaine moins prééminent de l’existence, celui d’une quête de la reconnaissance dans le champ social et d’une affirmation de soi dans le monde des représentations. Lors des dernières décennies, cette affirmation de soi est devenue, comme l’a montré Alain Ehrenberg, une « injonction à devenir soi-même » (La Fatigue d’être soi) et à se doter d’un « capital de visibilité » (Nathalie Heinich). Or, à l’envers de l’impératif d’être soi, on a vu émerger récemment dans le champ de la pensée, des arts et de la littérature une autre « tentation » (David Le Breton) ou un autre « désir » (Dominique Rabaté) : celui d’être moins, d’être moindre, voire de disparaître.

Cet être moindre, cet effacement ou ce retrait du sujet a le plus souvent été présenté, dans la pensée post-structuraliste de la seconde moitié du XXe siècle, comme le véritable statut ontologique de l’individu humain (le sujet dit « plein » étant une illusion idéologique) ; quand ce n’était pas le cas, l’effacement était à tout le moins considéré comme un processus subi, aliénant, marqué par la négativité. Le renversement auquel nous assisterions consiste à requalifier ce processus et à le présenter comme désirable et intentionnel. Il est probable qu’il puisse prendre diverses formes : sur le plan métaphysique, il consiste en une désindividuation (pour reprendre l’expression de Dominique Rabaté), qui passe par un effacement de ses propriétés distinctives par le sujet lui-même ; sur le plan politique et social, il se traduit par des stratégies de marginalisation et de dissimulation, par des expériences proches de ce que Pierre Zaoui nomme la « discrétion », c’est-à-dire un « désir de ne plus être reconnu, de disparaître dans la multitude » (La Discrétion). La spécificité de ces expériences contemporaines est que les « processus de désubjectivation » identifiés par Agamben (Qu’est-ce qu’un dispositif ?) se trouvent réinvestis d’une subjectivité nouvelle : le retrait, l’effacement, l’apparition intermittente ou la disparition constituent des stratégies intentionnelles de résistance face « aux dispositifs toujours grandissants de contrôle et d’assignation » (Rabaté). L’engagement individuel vise paradoxalement à une dépossession de soi.

Nous interrogerons ce processus et ces stratégies tels qu’ils se traduisent dans le domaine des formes artistiques et littéraires. D’une part, la pratique artistique au sens large peut consister en ce mouvement lui-même et ses formes multiples ; elle vaudra dès lors elle-même comme opération d’effacement, de dissimulation ou de disparition. D’autre part, les arts peuvent représenter ce mouvement et nous le donner ainsi à connaître dans la multiplicité de ses modes et de ses finalités. Autrement dit, le thème de notre colloque se décline en deux grands domaines : modes d’action et représentations.

 

Programme

Jeudi 7 juin 2018 (9h-18h)
Représentations :
Session I.1. Etres de fuite
Session I.2. La disparition en question
Session I.3. Figures effacées, êtres évaporés

Vendredi 8 juin 2018 (9h15-16h40)
Procéder au retrait, effacer, disparaître :
Session II.1. Défaire pour créer, gestes d'effacement
Session II.2. Auctorialité et effacement de soi

Samedi 9 juin 2018 (9h-12h15)
Simulations, mises en scène, jeux de rôle

 

Comité d'organisation
Anne Favier (CIEREC, Univ. St-Etienne)
Frédéric Martin-Achard (CIEREC, Univ. St-Etienne)
Carole Nosella (CIEREC, Univ. St-Etienne)
Jean-François Puff (CIEREC, Univ. St-Etienne)

Informations pratiques
Contact : carole.nosellaatuniv-st-etienne.fr (Carole Nosella) (CIEREC, Univ. St-Etienne)

 

Pour en savoir plus : CIEREC / Appel à communication